Fertiliser avec les nutriments de l’urine : une revue
des techniques de transport, de transvasement et d’épandage d’urinofertilisants liquides
Ce portfolio fait suite à une présentation lors de la table ronde « Filières de valorisation des urines » du Fess’tival. Cette présentation visait à illustrer les propos tenus par les intervenant.e.s de la table ronde : un céréalier, un maraîcher et une chargée d’animation agricole d’un CIVAM. Ces intervenant.e.s utilisent du lisain (urine humaine brute hygiénisée par stockage selon les recommandations de l’OMS) pour fertiliser différents types de cultures.
Ce portfolio est une présentation de techniques de gestion des urinofertilisants liquides (matière fertilisante obtenue après traitement de l’urine humaine et permettant d’en valoriser les nutriments) sur les fermes. Les équipements et matériels utilisés sur les fermes proviennent bien souvent d’usages liés à d’autres fertilisants ou pratiques agricoles comme pour les lisiers. Les retours d’expériences des projets Kolos, Pluvaluh, EnVille et d’acteurs du RAE ont permis de collecter les images présentées ci-après.
Prélever du lisain
Le lisain est l’urinofertilisant le plus utilisé en France en 2026. Prélever des échantillons dans une cuve IBC permet de réaliser des analyses de caractérisation avant épandage. Le taux d’azote présent et sa forme (organique ou minérale) permet d’ajuster au mieux l’itinéraire technique de fertilisation. De plus, la logique multibarrière de l’OMS est appliquée. C’est-à-dire qu’un ensemble de barrières sanitaires de la collecte, stockage et à l’application de l’urinofertilisant permet d’assurer une pratique sans risque pour la santé des consommateurs et des opérateurs. L’hygiènisation par stockage de l’urine ou le lavage de mains et des productions agricoles sont des exemples de ces barrières.
Conditionner en cuves pour arriver sur la ferme
En camion à plateau ou en poids-lourd, le lisain est majoritairement transporté en cuve IBC d’un mètre cube. Il peut aussi être collectées et transportées dans des fûts (20 à 60 L) ou des cuves (rigide ou souple) fixées dans un véhicule en habillage du passage de roue. Une pompe (manuelle, thermique ou électrique) peut être utilisée pour remplir ou vider ces contenants et réaliser des transvasements pour le traitement une fois sur le lieu de stockage ou d’utilisation.
Transporter avec un camion vidangeur
Un camion vidangeur permet de mutualiser facilement le transport si plusieurs lieux de collecte de faibles volumes sont présents sur le même territoire.
Transvaser vers une cuve de pulvérisateur tracto-mécanique
Ce transfert est réalisé soit avec une pompe mobile (avec une batterie externe portable à forte capacité ou une motopompe thermique) soit par écoulement gravitaire. Dans les deux cas, si l’azote de l’urinofertilisant n’est pas stabilisé (comme pour le lisain) des pertes par volatilisation de l’ammoniac ont lieu (estimation ± 1 à 3 %).
Transvaser vers une tonne à lisier via une cuve intermédiaire
Dans ces transvasements dans une fosse à lisier ou un godet à ciel ouvert, les pertes d’azote par volatilisation du lisain sont estimées à 5 à 10 %. Elles sont synonymes d’odeurs et d’une potentielle production de particules fines comme polluants atmosphériques. Par ailleurs, en s’appuyant sur les bras de pompages, l’agriculteur peut venir pomper d’importants volumes en une fois, ce qui permet un gain de temps important.
Pomper des IBC à partir d’une tonne à lisier
En utilisant la pompe de la tonne à lisier, les IBC sont vidées en quelques dizaines de secondes chacunes. Les ouvertures des cuves ont des diamètres variables et l’aspiration du tuyau est forte si bien qu’il faut avoir un espace suffisant pour que de l’air puisse rentrer dans la cuve pour éviter des risques d’implosion. La manutention du tuyau plein est difficile de par son poids et son déplacement de cuve en cuve ce qui fait que cette intervention est difficilement réplicable à grande échelle
Remplir la cuve d’un injecteur et d’une rampe
Le pipiculteur gris a été créé pour injecter du lisain dans le sol. Une pompe permet à la fois d’absorber le lisain de bidons pour remplir la cuve grise et ensuite de refouler de cette cuve vers les injecteurs. Cette gestion manuelle d’un tuyau de flexible de faible diamètre est aisée et limite les éclaboussures. Pour le polyformer en rouge, le remplissage de la cuve est réalisé par le dessus via un écoulement gravitaire. Il convient d’ouvrir l’évent du bidon pour éviter des « glouglous » qui sont une source d’éclaboussures.
Remplir des outils d’épandage manuels
Simple et rapide pour de faibles volumes remplir un arrosoir avec des bouteilles ou bidons peut permettre de diluer à l’eau l’urinofertilisant facilement. Pour du lisain, en remplissant des arrosoirs, bien que limitées des pertes ammoniacales sont présentes et source d’odeurs. L’absence d’évent dans les bidons ou bouteilles génère un « glouglou » à maîtriser pour éviter éclaboussures et débordements.
Épandre manuellement avec des outils de jardinage
Le lisain peut être épandu avec différents outils manuels en maraîchage et jardinage. Pour limiter la volatilisation de l’azote, il est préférable de créer un sillon puis d’arroser et de le refermer (avec un arrosoir), d’injecter dans le sol (avec un Solar Dripper®), ou d’épandre sur une culture levée, prairie ou pelouse (avec un râteau). Un épandage sur compost pour gérer son humidité est aussi possible. Respecter un délai de 1 mois entre l’application et la récolte pour les cultures consommées crues.
Utiliser un pulvérisateur pour des tests agronomiques
Plusieurs types de pulvérisateurs (sous pression) sont parfois utilisés pour des essais agronomiques sur des surfaces restreintes : manuel ou tracto-mécanique. Ils semblent difficilement recommandables pour une utilisation régulière de lisain. En effet, ces outils à faible contenance favorisent la volatilisation de l’azote (estimation de 10 à 35 %). Pour la limiter, des buses de gros diamètres comme celles utilisées pour l’azote sont utilisées tandis que les buses pour les phytosanitaires produisant des microgouttelettes ne sont pas recommandables. Une météo couverte voire un début de pluie lors de l’épandage puis travail du sol après épandage est requis. En effet, la volatilisation a également lieu une fois l’épandage réalisé.
Injecter du lisain en maraîchage
Utiliser des injecteurs pour le lisain dont l’azote n’est pas stabilisé est idéal pour limiter au maximum la volatilisation. Le pipiculteur avec une contenance moyenne (400L), créé pour le lisain, est utilisable en maraîchage de plein champs.
Épandre avec un goutte-à-goutte
Un écoulement gravitaire est réalisé avec une mise en charge du goutte-à-goutte en surélevant la cuve contenant du lisain sur un essai de blé de printemps. L’utilisation d’un tube d’irrigation Venturi permet lors de l’arrosage d’introduire avec un débit régulé le lisain dilué issu d’une cuve IBC en maraîchage. Une injection au plus proche de la plante permet de limiter fortement la volatilisation. Le goutte-à-goutte est rincé à l’eau après application pour éviter le colmatage.
Asperger avec un urinofertilisant stabilisé
Issu d’un bidon, l’urinofertilisant pur ou dilué et dont l’azote est stabilisé, peut être introduit dans un réseau d’aspersion par un tube d’irrigation Venturi ou une pompe doseuse. L’aspersion peut être réalisé au canon avec une cuve à gros volume en bout de champ relié avec un ombilic (tuyau mobile) qui limite le tassement des sols. Elle peut aussi être réalisée avec une tête d’aspersion.
Épandre du lisain à la tonne à lisier
La tonne à lisier permet d’épandre des quantités importantes de lisain (5 à 30 m3). Dans le premier cas, la buse palette produit une volatilisation importante de l’azote au moment de l’apport (estimation : 10 à 35 %). Un travail du sol pour enfouir l’apport avec une herse est alors nécessaire pour stopper la volatilisation. Un tuyau est positionné en sortie de tonne à lisier pour un apport précis sur de la vigne. Enfin, l’attelage d’un pendillard à une tonne à lisier comme pour les effluents d’élevage limite la volatilisation lors de l’épandage en apportant directement le lisain au sol.
Épandre avec un goutteur en rampe
Le goutteur en rampe pour du maraîchage (Polyformer) ou en prairie permet une répartition large de l’urinofertilisant en grosses gouttes. Il limite la volatilisation de l’azote (estimation : 3 à 10 %). En fonction de la surface à fertiliser, la taille de la cuve peut être limitante tout comme la taille des buses qui peuvent engendrer plusieurs passages. Il y a donc un risque de tassement de sol associé.
Se débrouiller pour épandre directement depuis un cuve IBC
Lorsque le transvasement vers un outil agricole n’est pas possible des épandages depuis la cuve IBC sont réalisés : depuis un utilitaire sur une prairie ou avec la fourche d’un tracteur sur un blé de printemps. Sur des sols couverts, la volatilisation de l’azote d’un lisain est estimé à 3 à 10 %.
Épandre depuis des cuves IBC sur des composts de plateforme
Toujours avec une logistique en cuve IBC, le lisain est utilisé sur des plateformes de compostage étanches et viabilisées par écoulement au sol ou par arrosage depuis le robinet de la cuve par-dessus. Le lisain humidifie le compost et l’enrichi en nutriments. L’opération génère des odeurs et donc une volatilisation de l’azote en particulier lorsque le compost est haut en température (estimation des pertes : 10 à 35 %).